Langage de l’absence


2020

Interprétation libre du poème de René Char :

tu es pressé d’écrire
comme si tu étais en retard sur la vie
s’il en est ainsi fais cortège à tes sources
hâte-toi
hâte-toi de transmettre
ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance
effectivement tu es en retard sur la vie
la vie inexprimable
la seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t’unir
celle qui t’es refusée chaque jour par les êtres et par les choses
dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
au bout de combats sans merci
hors d’elle tout n’est qu’agonie soumise fin grossière
si tu rencontres la mort durant ton labeur
reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride
en t’inclinant
si tu veux rire
offre ta soumission
jamais tes armes
tu as été créé pour des moments peu communs
modifie-toi disparais sans regret
au gré de la rigueur suave
quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
sans interruption
sans égarement

essaime la poussière
nul ne décèlera votre union.

René Char, Commune PrésenceLe Marteau sans maître (1934-1935)

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On ne peut capter sur nous que l’empreinte vive de ce qui a déjà eu lieu. Le déterminisme nous dit bien que tout est construit par la chaîne des évènements antérieurs, on est façonné par les histoires que l’on nous a raconté, par le passé, par ce qui n’existe plus physiquement dans l’espace présent. On existe par l’absence de nous-même. Par le changement permanent de notre relation aux autres, par l’excitation d’avoir été, et de s’oublier constamment après avoir vécu.

Le langage de l’absence. Ou son chiasme.

Non-dits Mai-Juin, 2020, 135 x 45,5 cm
Non-Dits Juillet-Août, 2020, 135×45,5cm